Quelle stratégie de souveraineté numérique et des données ? La souveraineté, ou le libre exercice de la volonté (4/8)

Team discussing France's digital sovereignty with interactive digital map highlighting Paris, Lyon, and Marseille

Mistral AI vient de réussir le tour de force incroyable de signer un partenariat avec Microsoft prétendant contribuer à notre souveraineté numérique, alors que dans le même temps, l’Etat, qui porte à bout de bras Mistral AI, cherche à prendre ses distances avec Microsoft.
Où est la cohérence ?
Nulle part, parce que nous en restons aux incantations et brandissons le mot « souveraineté » comme un étendard, sans prendre le temps de le définir.
Dans ce billet, je vous propose de reprendre Clausewitz et de comprendre, à travers son prisme, comment nous pourrions définir la souveraineté.

Ce billet est la suite de ma conférence sur la souveraineté numérique, donnée à l’INSA Strasbourg en juin dernier. Le texte intégral est accessible ICI.

Carl von Clausewitz était un officier prussien qui a vécu toutes les guerres napoléoniennes et notamment l’écrasement de la Prusse à la bataille d’Iéna-Auerstadt en 1806 et le passage de la Prusse sous la domination française. Il a ensuite participé à la reconstruction de l’armée prussienne et aux guerres contre la France qui ont permis ensuite à la Prusse de retrouver sa souveraineté. Inspiré par ce qu’il avait vécu, il a ensuite écrit une œuvre inachevée, « Vom Kriege », « De la Guerre » en Français. Sa veuve, Marie von Bühl, a ensuite mis en ordre toutes ses notes, ce qui a permis la publication posthume de son œuvre.

Clausewitz conçoit la guerre comme une trinité composée des dirigeants, d’une armée et d’un peuple. Clausewitz ne croit pas qu’une guerre puisse être réduite à des équations et à des schémas : ils peuvent être utiles, mais ne sont pas suffisants. En effet, le plus intéressant dans sa description de la guerre c’est qu’elle constitue d’abord le libre exercice de la volonté[1]. Lors d’un affrontement, la victoire est à portée de main lorsque votre ennemi n’est plus capable d’exprimer sa volonté et est contraint de subir la vôtre.

En nous inspirant de Clausewitz, nous pourrions donc postuler que la souveraineté d’un pays se traduit par sa capacité à exprimer sa volonté.

Par déduction, la souveraineté numérique est une réalité si et seulement si notre pays peut exercer sa volonté dans le domaine du numérique.

Avant de basculer sur Guillaume de Plaisians et la notion de souveraineté au Moyen-Âge, j’ajouterais deux points essentiels à propos de Clausewitz : l’importance de la stratégie et la concentration des ressources. Ces deux points seront utiles dans la suite de mon intervention.

D’après Clausewitz, la stratégie est d’autant plus importante que l’on est en situation d’infériorité, ce qui est apparemment le cas de la France en matière numérique. Toujours d’après Clausewitz, la stratégie est caractérisée par les fins, par le but à atteindre. Les opérations organisent l’emploi des ressources dans le temps et l’espace. Seule la stratégie permet d’employer utilement les ressources pour parvenir à ses fins. En l’espèce, il s’agirait d’atteindre la souveraineté numérique, donc de pouvoir exercer librement notre volonté dans le numérique et l’intelligence artificielle.

En reprenant donc la stratégie française visant à atteindre la souveraineté numérique, qui est la finalité, les ressources que nous devrions alors y consacrer s’articulent autour des capacités de calcul, des données et des grands modèles de langage, avec pour conséquence de les organiser dans le temps et l’espace pour parvenir à la souveraineté numérique. En intégrant les notions de temps et d’espace dans le développement de notre souveraineté, nous sommes alors confrontés à des contradictions qu’il nous faudra impérativement résoudre.


[1] Raymond Aron, « Penser la Guerre, Clausewitz »

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Auteur : Fabrice Jaouën

Blog personnel portant sur les sujets d'intelligence artificielle et de société.

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