A chacune de mes interventions sur les usages de l’intelligence artificielle dans les Ressources Humaines, je reste surpris par le regard d’enfant que les spécialistes RH posent sur le sujet.
En effet, ces spécialistes, généralement totalement investis dans leur métier sont confrontés à la double injonction d’être efficaces, plus rapides tout en étant confrontés à des budgets serrés, tant la fonction est d’abord considérée comme un centre de coûts. Et l’intelligence artificielle peut alors apparaître comme une solution miracle, une baguette magique, la promesse absolue de lendemains enchanteurs, notamment pour le recrutement, puisque chaque année en France sont signés plus de 40 millions de contrat de travail.
L’objectif de ce post est donc de calmer un peu ces ardeurs, même si ça vexe les fournisseurs de solution. Désolé pour eux…
Les événements récents autour de la nouvelle politique américaine en matière de diversité interpellent sur un sujet majeur: une IA n’est jamais neutre. Elle est d’abord au service de ses propriétaires. La question qui se pose est donc de savoir jusqu’où nous acceptons de nous conformer à des modèles culturels que l’on veut nous imposer, jusqu’où nous voulons rester nous-mêmes.
Chaque fois qu’on évoque l’intelligence artificielle auprès du grand public, elle semble soit parée de vertus magiques, soit entourée d’un halo mystérieux et quelque peu effrayant.
Après plusieurs conférences et interventions diverses sur la relation entre IA et société, je suis arrivé à une conclusion totalement subjective et non prouvée que l’IA nous renvoyait à nos peurs ancestrales. D’ailleurs on retrouve fréquemment dans les incantations des chroniqueurs et polémistes la menace d’une destruction du monde, ce qui n’est pas fait pour rassurer le commun des mortels.
Pourtant, même si la menace de la fin du monde fait grimper l’Audimat, j’ai constaté que le rapprochement avec l’époque des Grandes Découvertes rencontrait un certain écho. Admettre l’incertitude permet de s’y préparer et d’envisager devenir acteur de son propre futur, bien plus que la menace d’un holocauste logiciel. Mais je reconnais qu’on vend moins de livres.
Le siècle de l’IA se rapproche beaucoup plus de l’époque des Grandes Découvertes que d’une fin du monde annoncée.
Planisphère de Cantino (1502 – Biblioteca Estense de Modène)(suite…)
Le nouveau vice-président Américain, J.D. Vance a eu l’immense mérite d’être particulièrement clair lors de l’allocution qu’il a prononcée le 11 février dernier lors du sommet mondial pour l’IA : soit on se plie, soit on trouve les USA sur notre chemin. En l’écoutant attentivement, son intervention d’un quart d’heure était en fait à quatre niveaux : un message pour l’électorat ouvrier américain, un autre de soutien à la Big Tech et aux GAFAM, un troisième de réaffirmation du leadership américain sur l’IA et un quatrième en direction des Européens: soit vous montez à bord, soit on s’occupera de vous couper les ailes.
C’est ce que nous allons détailler dans cet article de blog.
Intervention de J.D. Vance le 11 février 2025 – Vidéo en ligne sur la chaîne YouTube de Fox TV(suite…)
Le sommet mondial pour l’IA est l’occasion pour tout un chacun de s’exprimer avec assurance sur les sujets d’intelligence artificielle, surtout quand on n’y connaît pas grand chose… d’ailleurs, c’est ce que je fais en ce moment, certes.
Ce n’est pas gênant et c’est même une excellente chose : nous sommes en démocratie et chacun a le droit de raconter n’importe quoi sans finir à la Bastille. Mais la contrepartie est qu’il faut accepter la critique, voire se couvrir de ridicule. C’est mon principal point commun avec Luc Ferry, excusez du peu !
Le sommet pour l’IA en cette semaine de février 2025 constitue une occasion inespérée d’invoquer encore et toujours notre souveraineté et montrer que l’Europe et la France peuvent tracer leur propre route dans ce monde aujourd’hui dominé par les Etats-Unis et la Chine, nouveaux rivaux planétaires.
Mais qu’en est-il vraiment ?
Force est de constater qu’une intelligence artificielle souveraine, cela ne veut pas dire grand chose.
En pleine torpeur estivale, celui qui était encore un ami m’a posé une question qui depuis me tourmente : « Dis-moi, Fabrice; peux-tu me dessiner une organisation data-centrée ? » Transpirant à grosses gouttes, je lui ai demandé un délai de réflexion, surtout pour tenter d’éviter l’obstacle. Mais après avoir été relancé à moult reprises, j’ai posé la question à Microsoft Copilot qui m’a pondu une magnifique illustration qui ne veut pas dire grand chose, en fait. Du coup, je me suis lancé dans une tentative qui mérite vos critiques.
Le chiffre a de quoi surprendre, mais c’est bien le résultat auquel le très officiel bureau américain du recensement le U.S. Census Bureau a récemment publié. Pour avoir une analyse détaillée de ces résultats assez surprenants si on les compare au buzz autour de l’intelligence artificielle depuis quasiment un an, vous pouvez lire cet article de NBC News. Comment interpréter ces résultats plutôt surprenants ?
Lorsque l’on souhaite employer des systèmes d’intelligence artificielle dans son organisation, grossièrement on peut adopter deux attitudes: soit pour des usages isolés et juste opérationnels, soit dans l’hypothèse d’une transformation profonde de l’organisation, avec une véritable ambition stratégique. Dans ces deux cas de figure, il est essentiel de prendre du champ et de considérer son organisation sous ces trois volets: Stratégie, Culture, Structure.
L’intelligence artificielle est une science foisonnante, riche et complexe et elle ne pourrait être résumée à l’IA générative et à ChatGPT, la tarte à la crème de 2023. Quand bien même, une organisation, saisie d’une incontrôlable frénésie autour de l’IA générative aurait fait de son adoption un dieu plus puissant que Toutatis, il reste essentiel de bien réfléchir avant de se lancer dans l’aventure, car c’est une démarche qui peut être longue, ardue, incertaine, mais bénéfique si l’on sait être patient. Cet article est le premier d’une série qui analysera l’un après l’autre tous ces paramètres à prendre en compte dans la réflexion stratégique.