Lorsqu’un enseignant-chercheur de Sciences Po Strasbourg m’a demandé d’intervenir à une table ronde sur le sujet de la souveraineté numérique dans un cadre européen, j’ai évidemment accepté, même si je reste sceptique sur l’intitulé même de la question. D’un autre côté, comme la souveraineté est une obsession chez nous, en France, il m’a semblé judicieux d’utiliser ce blog pour raffiner mes arguments et in fine, expliquer pourquoi ce concept est vain.
Les tentatives d’influence étrangère contre nos nations constituent une menace récurrente dont les services de l’État tentent de nous protéger. Et ils ont raison, car elles sont une réalité: les discours officiels des membres de l’administration américaine et des autorités russes ne font aucun doute sur leur volonté de nous imposer leur propre vision du monde.
En revanche, plus je m’approprie ce sujet, plus je reste frustré par certains angles morts dans notre lecture du problème. Pour tenter de comprendre cette frustration, je me suis appuyé sur Raymond Aron, « Penser la guerre, Clausewitz », ainsi que sur TRIZ1. Son intérêt est double puisqu’elle aborde la résolution des problèmes stratégiques depuis une perspective holistique.
Cette approche dialectique permet alors de constater que nos réactions ne semblent pas apporter de véritables réponses aux attaques que nous subissons de part et d’autre.
Il n’est pas de semaine sans que nous ne soyons alertés sur les tentatives de déstabilisation conduites par des pays rivaux dans le champ informationnel: sites de désinformation générés à la chaîne par des IA, attaques ouvertes contre nos valeurs et nos démocraties sur les réseaux sociaux, enfermement de notre jeunesse dans des tunnels cognitifs pour les conduire à développer une autre vision du monde et fragiliser nos sociétés dans le long terme.
Ces attaques sont une réalité, Dmitri Minic, cité dans un autre billet le démontre brillamment à propos de la stratégie russe. L’article de Boulenguer, Guéneau et Prébot détaille son pendant chinois dans le dernier numéro de la Revue Internationale et Stratégique publié sur Cairn.
Cette vision globale de la guerre est suffisamment documentée pour être admise. En revanche, je m’interroge sur l’effet de ces menaces et de ces attaques.
Ce billet de blog va donc tenter d’ouvrir quelques nouvelles pistes de réflexion, nées de ma découverte des travaux de Behnoosh Namdarzadeh, lors d’une journée d’études organisée par l’AFIA1 et ATALA2 ce 12 décembre.
L’amende infligée par la Commission Européenne à X (ex-Twitter) a provoqué une éruption de colère chez Elon Musk, son propriétaire : depuis ce vendredi 5 décembre, le propriétaire de X se répand en attaques d’une violence sans limite à l’égard de l’Union Européenne qu’il accuse de tuer la liberté d’expression. Ce déversement de haine se produit conjointement avec la publication de la Stratégie Nationale de Sécurité américaine, accessible depuis le site de la Maison Blanche.
Comment expliquer la faiblesse des réactions des Etats Membres, alors qu’en janvier dernier, ils avaient été prompts à dénoncer l’ingérence d’Elon Musk dans les affaires européennes lorsqu’il avait affiché son soutien à l’AfD, le parti d’extrême-droite allemand ?
Dans ce post, je voudrais vous proposer quelques clés de lecture que vous pourrez à loisir rejeter, critiquer ou amender. En revanche, ces deux conceptions antagonistes de la liberté d’expression ne feront pas l’objet de ce billet: c’est trop compliqué pour moi et c’est le travail des philosophes.
Ces dernières semaines, il ne se passe pas une journée sans que l’on ne parle de nouveaux licenciements provoqués par l’irruption de l’IA dans les entreprises. C’était le quotidien Libération, le 1er décembre, le magazine Fortune le 25 novembre. En 2023, un précurseur était la société Onclusive qui était citée dans un article des Echos.
Clairement, la volonté est là de licencier du personnel, de réduire la masse salariale grâce à l’automatisation des tâches permise par l’IA. Entendons bien: il s’agit essentiellement d’IA génératives dont nous parlons. Les autres sont bien trop complexes à déployer pour avoir des effets aussi brutaux.
Mais l’IA en est-elle le véritable responsable ou s’agit-il d’une nouvelle mode managériale comme il y en a eu tant ? Je penche pour la deuxième option et je vais tenter de vous le démontrer dans cet article.
Article du journal Libération en date du 1er décembre 2025. Autrice: Elise Viniacourt(suite…)
Le quotidien régional Les Dernières Nouvelles d’Alsace a consacré sa Une du 26 novembre aux menaces informationnelles qui pèsent sur les élections municipales de 2026. En effet, l’année 2025 a vu la multiplication de sites de désinformation dont les contenus, générés par des IA, sont destinés à jeter le doute sur l’état de notre pays. La principale source de cet article est Recorded Future qui indique la création quasiment simultanée de 141 sites de presse régionale au seul premier semestre 2025.
Confirmés par Reporters Sans Frontières et l’enquête des Dernières Nouvelles d’Alsace, les journalistes attribuent cet afflux de sites Web à une offensive de la Russie dans le but de peser sur les élections municipales de 2026 en influençant la population.
Mais était-ce réellement la population française, les électeurs, qui étaient visés? La démarche est peut-être plus complexe qu’il n’y paraît.
Ce 21 novembre, l’ENSC1, l’Université de Bordeaux et le ministère des Armées avaient organisé un colloque sur la guerre informationnelle. Cela valait la peine de se déplacer: quatre tables rondes de très bon niveau, beaucoup de connaissances partagées. Tout en ressortant totalement convaincu de la réalité des attaques informationnelles, je quitte le Sud-Ouest avec beaucoup de questions sur lesquelles je compte bien travailler dans les prochains mois. Dans ce billet, je vais m’efforcer d’en partager quelques unes avec vous.
Ce 3 novembre 2025, j’ai eu l’honneur de donner ma première conférence académique sur le thème de l’IA dans la guerre au sein de la faculté de théologie catholique de l’Université de Strasbourg.
Le coeur de cette conférence porte sur le problème de l’emploi des IA génératives dans l’aide à la décision et sur les enjeux de la guerre cognitive.
Depuis que j’ai été encouragé à m’intéresser aux sujets de guerre cognitive et notamment au rôle joué par l’intelligence artificielle dans cette forme de conflit, je suis confronté à une question récurrente : s’agit-il véritablement d’une guerre ou est-ce encore un abus de langage destiné à se donner de l’importance en faisant peur au quidam ?
Malheureusement, à force de retourner le sujet dans tous les sens, je n’ai pu que me rendre à l’évidence: nos conceptions traditionnelles et juridiques de jus in bellum et jus ad bello semblent dépassées par les réalités stratégiques. Là où le droit de la guerre et le droit de faire la guerre sont clairement différenciés, le concept de guerre cognitive rebat les cartes en nous imposant une autre approche des conflits.
Le retour à la source de la guerre telle que définie par Clausewitz m’a permis de faire sauter ce point de blocage tenace.
Notre transformation en sociétés de l’information nous contraint à repenser la guerre. Il devient possible d’abattre un adversaire de l’intérieur sans qu’il ne soit même nécessaire de s’engager dans la confrontation armée.
Cet article est le fruit d’une réflexion personnelle et invite essentiellement à la réflexion. Il ne prétend exprimer aucune vérité établie et est donc totalement critiquable.