Disclaimer: il s’agit d’un billet aux accents de Cassandre. Je me trompe peut-être, mais ça soulage. Je n’en peux simplement plus des promesses apocalyptiques sorties de nulle part.
Le dernier appel des géants de l’IA générative à retarder le développement de leurs modèles en raison des menaces qu’ils font peser sur l’humanité est pathétique. Peut-être encore plus pathétiques sont les médias et influenceurs de tout poil qui les prennent au pied de la lettre.
En fait, disons-le simplement: leur effondrement financier est imminent et ils cherchent à sauver les meubles et leur peau. Le problème n’est pas technologique, le problème est financier. Uniquement financier. Saluons donc cet article du quotidien Les Echos , signé Joséphine Boone et qui met sérieusement en doute cet énième AI-drama.
D’ailleurs, les titres liés à l’IA ont commencé leur chute et Open AI vient de retarder son entrée en bourse… officiellement pour des raisons d’éthique, évidemment.
Cela dit, la technologie, qui est extraordinaire, restera, mais cantonnée à quelques labos et quelques rares acteurs qui auront su bricoler une solution rentable.

Quand argent et éthique tentent de se mélanger
Avec des orientations différentes, ces entrepreneurs ont tous, sans exception mélé argent et éthique au plus haut point. Faisons un peu le point:
- Sam Altman et Open AI c’était pour apporter la lumière à l’humanité;
- Dario Amadei et Anthropic, c’est la promesse que l’IA devait servir à construire la paix dans le monde;
- Elon Musk et Grok, la liberté n’a pas de prix et l’IA en est l’oriflamme;
- Arthur Mensch et Mistral Ai, la France va retrouver sa souveraineté et pourra porter ses valeurs universelles sans subir le joug américain.
Et vous y croyez ? Quand il s’agit de lever des milliards, voire des dizaines de milliards, il faut savoir les justifier. Et c’est là que leur message est pittoresque: je détiens les clés du monde, faites-moi confiance et je saurai en faire bon usage. Les politiques y ont cru, les journalistes y ont cru, les investisseurs ont cru les promesses, les entreprises ont cru, les écoles de management ont cru, chacun à sa manière, avec des objectifs différents, mais avec une foi de charbonnier digne d’admiration.
En fait, grâce à ce discours permettant de réconcilier profit et progrès, on pouvait investir la conscience tranquille, sans plus se poser aucune question. L’argent-roi pouvait redevenir le mètre-étalon de nos existences.
Mais l’huile et l’eau provoquent juste une émulsion, ils ne se mélangent pas. Et là, nous assistons au retour à la normale.
La naïveté confondante des décideurs politiques
Quiconque a travaillé sur les sujets de transformation des organisations, sait qu’il s’agit d’un sujet ardu, souvent rébarbatif et plutôt risqué. Et là, par on ne sait quel miracle, quelques entrepreneurs bien introduits ont réussi à convaincre que tout devenait simple: plus aucun effort à faire et le PIB se mettait à grimper uniquement grâce à quelques milliards distribués à un nombre restreint de personnes. Bref, la pierre philosophale. Du côté Français,, Mistral AI est l’exemple même de cette quête vers une solution miracle, avec les injonctions gouvernementales pour le développement d’une IA souveraine.
Evidemment, quand le chef de l’Etat, les ministres, les oracles milliardaires répètent à satiété le même discours, la pression devient telle que les acteurs de la formation doivent embrayer. En plus, c’est facile: en quelques mois à peine et sans véritable investissement structurant, on a montré son agilité et sa capacité de transformation.
Avec un coup de baguette magique et un prompt bien senti, on parvenait à résoudre des problèmes que l’humanité n’avait jamais percés. L’été 2026 a été marqué par le miracle des conjectures mathématiques résolues. C’est merveilleux, mais entre la résolution d’une conjecture mathématique et la baisse du chômage, le chemin est quand même long, très long.
Les signes avant-coureurs de cet effondrement
Les signaux d’alarme se multiplient depuis plusieurs mois, mais avaient été largement ignorés jusqu’à maintenant, ce qui n’est guère surprenant en raison de la foi déraisonnable portée sur ces systèmes. Comment aurions-nous pu anticiper le drame qui se déroule sous nos yeux ?
- Le choix de la facilité: tout sportif, tout musicien, tout chercheur sait que le progrès est lent, incrémental et peut-être remis en cause à tout moment. Le découragement est le quotidien de ceux et celles qui tentent de faire avancer les choses. Or, la promesse de l’IA générative est totalement l’inverse: déléguer la complexité à quelques génies et votre vie sera facile et légère…quels naïfs nous sommes. Il est inutile de s’étendre sur ce sujet, tellement cette paresse est désespérante.
- Le début des investissements circulaires. Voilà quelques mois, Nvidia, le principal fabricant mondial de GPU, ces processeurs indispensables au fonctionnement des IA génératives, a commencé à prendre des participations dans les fournisseurs de solutions, le dernier en date étant Hugging Face, racheté pour 13 milliards de dollars U.S.1. La technique est simple : pour soutenir ses ventes, Nvidia achète un fournisseur de modèles à condition qu’il lui achète ses propres puces. Ce n’est pas de l’intégration verticale, c’est juste le moyen de continuer à vendre face à un marché qui sature.
- Le troisième indice, pourtant le moins souvent évoqué, est purement comptable: les fournisseurs d’IA ont besoin de milliers de processeurs graphiques pour leur data centers. Or, le cycle de vie de ces processeurs est très courts: de 3 à 4 ans, avec donc une durée d’amortissement tellement réduite que chaque année, il faut mettre de côté entre 25% et 33% de la valeur des processeurs. Or ces fournisseurs réalisent des chiffres d’affaires ridiculement faibles au regard de ces durées d’amortissement. Leurs sources de financement étaient jusqu’à maintenant constituées de capital-risque et d’emprunt. L’entrée en bourse était donc le seul moyen de soutenir leur croissance : Open AI avait prévu de lever la somme faramineuse de 350 milliards de dollars.
Las, Open AI vient de retarder son IPO2, tandis que Dario Amadei réclame de ralentir le développement des IA au moment même où se prépare une entrée en bourse3.
Ces annonces ont provoqué l’inquiétude sur les bourses mondiales, où les cours des valeurs liées à l’IA ont aussitôt nettement baissé de plus de 10% dans certains cas4 - Ces valeurs liées à l’IA sont d’abord spéculatives et ne reposent sur aucune certitude. En effet, le propre de la spéculation est la prise de risques: plus elle est forte, plus la rémunération sera élevée. En ça, il n’y a rien de choquant quand il s’agit d’une stratégie assumée de la part de l’investisseur.
En revanche, le principe même de l’innovation est son approche incrémentale et la résolution successive de nouveaux problèmes. Or depuis l’avènement des LLM, ses dirigeants nous ont convaincus que le progrès était devenu linéaire et allait nous emmener jusqu’à la super-intelligence artificielle sans coup férir. - Commercialiser des modèles d’IA est devenu banal. Le modèle d’Open AI, Anthropic et consorts était parfait lorsqu’ils étaient seuls sur le marché. Mais aujourd’hui, de touts , il sort des nouveaux modèles toutes les semaines dont le coût de production a chuté drastiquement: comment justifier des centaines de milliards d’investissement quand n’importe start up chinoise est capable de sortir un modèle acceptable pour un prix dérisoire ? Existe-t-il même un marché suffisant ? En dehors de quelques cas d’usage, aucune entreprise n’a fait sa révolution avec l’IA générative. Et c’est très bien ainsi. Les proclamations tonitruantes de collaborations avec Microsoft, Open AI ou Mistral portent généralement sur des sommes et des périmètres dérisoires au regard des enjeux et du CA des sociétés concernées, de l’ordre de quelques millions sur un chiffre d’affaires qui s’élève à plusieurs milliards. Rien de bien dimensionnant, en fait.
Comment s’y préparer ?
Il est facile de jouer les oiseaux de mauvais augure, mais ce n’est pas suffisant. Je vais donc vous proposer quelques précautions à prendre en attendant que les ennuis ne commencent.
- Sachez que les ennuis financiers devraient provoquer la chute en cascade de la plupart des fournisseurs de modèles. Logiquement, il devrait en rester 2 ou 3 spécialisés sur des sujets particulièrement complexes et le reste sera disponible à prix cassés entre deux modèles chinois et avec des performances tout à fait suffisantes pour chercher une réponse aux questions élémentaires, comme la recette du kig ha farz.
- Avez-vous transféré toute votre base documentaire dans une base de données destinée au RAG5. C’est la première question: en effet, les bases RAG sont structurées pour répondre aux attentes du modèle auquel elles sont destinées. Or pour nombre de ces modèles, le progrès va s’arrêter faute d’investissemnt et la qualité des réponses va décroître rapidement, rendant l’usage et l’actualisation de votre base de moins en moins performante.
Solution : créez une véritable base de connaissances basée sur le web sémantique et investissez dans un poste de documentaliste. - Avez-vous signé un partenariat avec un fournisseur de modèle ?
Vous n’avez aucune certitude que ce fournisseur sera encore en vie dans 6 mois et encore moins dans deux ans. Vous devez donc anticiper sa disparition et son remplacement.
Solution: laissez ce partenariat au niveau qu’il mérite. Il aide vos collaborateurs à respecter les contraintes de la SSI et à maintenir vos données stratégiques dans vos infrastructures. Qui plus est, ils ont l’impression que votre organisation se transforme et se modernise: ça les calme. N’intégrez surtout pas ce partenariat dans vos réflexions stratégiques. - Abonnez-vous à la chaîne de Jérôme Fortias: Le Lab IA, ça vous changera de Laurent Alexandre ou des déclarations des vendeurs de solutions.
- https://www.lemonde.fr/pixels/article/2026/09/03/ia-nvidia-va-racheter-la-plateforme-franco-americaine-hugging-face-pour-12-9-milliards-de-dollars_6765151_4408996.html?srsltid=AU7gw4UsKtZAuskD9YohTJlwt68Hfa6PeLiLqYuM4rFwq9fBXsnCfbr9 ↩︎
- https://www.bfmtv.com/economie/video-open-ai-reporte-son-ipo_VN-202609150319.html ↩︎
- https://www.forbes.com/sites/sandycarter/2026/06/28/openai-eyes-2027-ipo-delay-as-washington-clears-anthropics-mythos-5/ ↩︎
- https://rmc.bfmtv.com/actualites/tech/les-inquietudes-sur-l-ia-font-chuter-les-bourses-ces-inventions-qui-ont-totalement-depasse-leurs-createurs_AV-202609150372.html ↩︎
- Le RAG est un outil permettant d’améliorer les résultats des IA génératives en intégrant des documents supplémentaires. ↩︎